Voici les agents qui sont au cœur de cette rocambolesque affaire
Notre première publication sur les soupçons de corruption entourant une importante cargaison de riz n’a pas clos le dossier. Elle ouvre au contraire de nouvelles interrogations sur le fonctionnement du Service de la Protection des Végétaux et du Contrôle Phytosanitaire, ainsi que sur le rôle de plusieurs responsables dont les noms apparaissent dans les éléments recueillis par notre rédaction.
Au cœur de cette nouvelle étape de nos investigations : D.I.Z., O.B. et un responsable du BRPT.
Leurs rôles présumés dans les faits rapportés font partie des éléments que notre rédaction continue de documenter.
Pour des raisons liées au respect du contradictoire et à la poursuite de nos investigations, nous ne publions pas à ce stade leurs identités complètes.
Des millions, une procédure et une destruction qui n’a finalement pas eu lieu
Le dossier concerne toujours une cargaison de 23 500 tonnes de riz, transportée par le navire Candour et destinée à la société MACY Inter, avec notamment les marques INDUS et FLORA. Dans notre première publication, nous avons exposé la chronologie des faits recueillis auprès de nos sources : après le contrôle de la cargaison et le prélèvement de plusieurs sacs, une procédure aurait été engagée concernant des produits considérés comme impropres à la consommation. C’est à ce moment qu’une demande de 30 millions de francs CFA aurait été formulée auprès de l’importateur indien afin que la procédure soit abandonnée. Un premier versement de 10 millions de francs CFA, effectué par l’intermédiaire d’un tiers, aurait été reçu avant d’être retourné, la somme étant jugée insuffisante.
Une exigence aurait alors été formulée pour que l’importateur traite directement avec les personnes concernées.
La suite est au centre de nos investigations : 15 millions de francs CFA auraient finalement été remis en espèces.
Après cette séquence, la procédure de destruction n’aurait finalement pas été exécutée.
D.I.Z., O.B. et un responsable du BRPT dans le viseur de l’enquête
Les éléments recueillis par notre rédaction font apparaître les initiales de D.I.Z., O.B. et d’un responsable du BRPT parmi les personnes dont le rôle doit être éclairci.
Il ne s’agit pas, à ce stade, de rendre un verdict journalistique à la place des institutions compétentes.
Il s’agit de poser les questions que soulèvent les éléments du dossier et d’exiger que les responsabilités éventuelles soient établies.
Qui a donné les instructions ? Qui a participé aux échanges avec l’importateur ?
Qui a réceptionné ou facilité les versements ? Qui était informé de la décision initiale de destruction ?
Et surtout : pour quelle raison une procédure engagée à la suite d’un contrôle phytosanitaire n’a-t-elle finalement pas été menée à son terme ?
Ces questions ne peuvent être balayées par une simple opération de communication.
Une plainte déjà adressée à la Présidence de la République
Autre élément nouveau parvenu à notre rédaction : une plainte en bonne et due forme aurait déjà été transmise, par les canaux appropriés, à la Présidence de la République afin que les faits dénoncés puissent être portés à l’attention des plus hautes autorités.
Cette démarche, si elle est confirmée par les services concernés, constitue un élément important dans la suite de cette affaire.
Elle signifie surtout que les accusations ne relèvent plus uniquement du débat médiatique et que les autorités compétentes disposent désormais de la possibilité de vérifier directement les faits, d’entendre les différentes parties et d’établir les responsabilités.
La balle est donc désormais dans le camp des institutions habilitées à enquêter.
Après notre première publication, une communication qui interroge
Depuis notre première parution, des initiatives semblent vouloir remettre au premier plan le travail accompli habituellement par les différents services intervenant dans le contrôle et la destruction des produits déclarés impropres. Rappeler le rôle essentiel de ces structures n’est évidemment pas un problème.
Le contrôle phytosanitaire, la protection des végétaux et la destruction des produits non conformes sont des missions essentielles pour la santé publique et pour la crédibilité du système de contrôle béninois.
Mais dans le cas précis qui nous intéresse, une question demeure entière : le travail attendu a-t-il effectivement été accompli ?
Car une communication générale sur le fonctionnement irréprochable d’un service ne répond pas à une interrogation portant sur une cargaison précise, une décision précise et une procédure précise qui, selon les éléments recueillis, n’aurait pas été exécutée.
L’incinération : une responsabilité qui ne peut disparaître derrière la communication
Les structures chargées de l’incinération ont une mission clairement identifiable lorsqu’une décision de destruction est prise. Si une telle décision a effectivement été prise dans le dossier de la cargaison Candour, il faut pouvoir établir si elle a été transmise, exécutée, annulée ou modifiée, et surtout sur quelle base. Dans le cas présent, nos informations indiquent que les produits concernés n’ont finalement pas été incinérés comme cela était initialement prévu.
Dès lors, une question simple mérite une réponse simple : où est passée la procédure de destruction ?
Une institution ne peut pas se contenter d’expliquer qu’elle accomplit habituellement sa mission. Elle doit pouvoir expliquer ce qui s’est passé dans le dossier précis qui fait aujourd’hui l’objet de ces révélations.
Si la procédure était justifiée, pourquoi a-t-elle été abandonnée ?
C’est probablement la question centrale de toute cette affaire.
Deux possibilités existent. Soit les produits prélevés étaient effectivement impropres à la consommation.
Dans ce cas, leur maintien dans le circuit pose une question sanitaire majeure et l’abandon de la procédure doit être expliqué.
Soit ils ne l’étaient finalement pas. Dans ce cas, il faut expliquer pourquoi une décision de destruction avait été engagée et sur quelles bases techniques elle a ensuite été abandonnée.
Dans aucun de ces scénarios, le silence ne constitue une réponse.
Et si, en plus, les accusations de versements financiers formulées dans le cadre de cette affaire étaient confirmées, la gravité du dossier changerait totalement de dimension.
Le véritable enjeu : la confiance des opérateurs économiques
Cette affaire ne concerne pas uniquement une entreprise ou un importateur spécifique.
Elle pose une question beaucoup plus large à tous ceux qui investissent au Bénin : peut-on respecter scrupuleusement les règles et être certain que l’administration appliquera ces mêmes règles de manière transparente ? Un opérateur économique qui importe légalement ses marchandises doit pouvoir savoir que les contrôles sont fondés sur des critères techniques, que les décisions administratives sont motivées et que les procédures ne sont pas négociables contre de l’argent.
C’est précisément cette confiance qui permet à un pays d’attirer durablement les investissements.
À l’inverse, si certains opérateurs commencent à penser qu’une décision administrative peut être « réglée » en dehors des procédures officielles, le dommage est considérable.
L’investisseur sérieux peut choisir de renoncer à un marché, de réduire ses activités ou tout simplement de se tourner vers un environnement qu’il estime plus prévisible.
Les autorités doivent désormais regarder au-delà de la communication
Le Bénin a engagé depuis plusieurs années un vaste chantier de modernisation de son administration et d’assainissement de son environnement économique.
Cette dynamique ne peut être crédible que si elle s’applique également aux agents qui exercent les pouvoirs les plus sensibles de l’État.
Dans une affaire de cette nature, une communication institutionnelle générale ne saurait remplacer une vérification indépendante des faits. Les autorités compétentes disposent de moyens pour déterminer ce qui s’est réellement passé : examiner les procès-verbaux de contrôle, retracer la décision de destruction, vérifier les instructions données, identifier les personnes intervenues dans la procédure et établir pourquoi la destruction n’a finalement pas été exécutée.
C’est précisément ce travail qui permettra de distinguer une accusation infondée d’une éventuelle affaire de corruption.
Notre enquête ne s’arrête pas là
Notre rédaction maintient donc ses investigations.
Nous continuerons à documenter les faits, à confronter les informations recueillies et à donner la parole aux personnes mises en cause.
Les initiales D.I.Z., O.B. et du responsable du BRPT apparaissent désormais dans notre enquête parce que leurs rôles présumés dans ce dossier nécessitent des éclaircissements.
Mais une chose est certaine : l’enjeu dépasse largement les personnes citées.
Il s’agit de savoir si les procédures de contrôle phytosanitaire au Bénin sont réellement imperméables aux pressions financières et si les décisions prises au nom de la protection des consommateurs sont effectivement exécutées jusqu’au bout.
Si les faits rapportés dans cette affaire sont confirmés, les responsabilités devront être établies et les sanctions appropriées devront suivre.
Car la bonne gouvernance ne consiste pas seulement à afficher de bons indicateurs ou à proclamer l’excellence d’une administration. Elle consiste aussi à avoir le courage de regarder ses propres failles en face, de les corriger et, lorsque cela est nécessaire, de sanctionner ceux qui auraient utilisé leur fonction à des fins étrangères à l’intérêt général.



