Recrutement des assistants en position probatoire dans les universités publiques du Bénin : des Docteurs en génétique contraints de composer en zoologie

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Recrutement des assistants en position probatoire dans les universités publiques du Bénin : des Docteurs en génétique contraints de composer en zoologie
Crédit Photo : Plume Média

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Depuis l’avènement du Président Patrice Talon au pouvoir, il a été noté une transparence dans l’organisation des concours au Bénin. Des conditions de recrutement, au dépôt des dossiers jusqu’à la proclamation des résultats en passant par la composition des épreuves et la correction des copies, aucune étape n’a résisté à la kyrielle de réformes menées par Patrice Talon pour conjuguer au passé les concours frauduleux avec à la clé les injustices connues sous le régime défunt. De nombreux observateurs s’accordent à dire que ce changement positif est imputable à la rigueur imposée par le réformateur depuis son accession à la magistrature suprême.

Après ces avancées positives constatées dans l’organisation des concours au Bénin, qui est le Cheval de Troie qui s’amuse à salir les réformes menées par Patrice Talon pour garantir la transparence dans le processus ? Bien malin est celui qui va répondre à cette interrogation.

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Crédit Photo : DR

En effet, suite au lancement du test national de recrutement des Assistants en Position Probatoire dans les Universités Publiques, il a été constaté un regroupement de plus de soixante (60) spécialités scientifiques issues de l’École Doctorale « Sciences de la Vie et de la Terre » en trois spécialités génériques uniquement : Biochimie, Biologie et Géologie. Or, si dans d’autres domaines les spécialités sont clairement éclatées et scindées de manière précise et transparente, à l’ED-SVT elles ont été regroupées de façon controversée, sans fondement valable. Cette situation crée une injustice et une incompréhension qui méritent d’être corrigées. Elle conduit de fait à une réduction drastique de la diversité des disciplines scientifiques représentées ; ce qui compromet la justice et la transparence du processus de recrutement.

A la faveur d’un mémorandum adressé au président de la République du Bénin, le collectif des Docteurs béninois en attente de recrutement dans les disciplines des Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) a formulé un plaidoyer pour la correction d’une injustice dans la réorganisation des spécialités scientifiques au test de recrutement des Assistants en Position Probatoire dans les Universités Publiques du Bénin.

L’Etat étant garant de l’égalité des chances des citoyens au test de recrutement à la fonction publique, le gouvernement de la Rupture devra prendre ses responsabilités dans ce cas précis pour corriger la fausse note. Cela y va de la crédibilité et rassure de la qualité ainsi que de la compétence des personnes recrutées.

ci-dessous, l’intégralité du mémorandum :

MÉMORANDUM

Objet : Plaidoyer pour la correction d’une injustice dans la réorganisation des spécialités scientifiques au test de recrutement des Assistants en Position Probatoire dans les Universités Publiques du Bénin

 À l’attention de :

Son Excellente Monsieur Patrice TALON

                                                                            Président de la République du Bénin

                                                                               Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement

De la part du :

Collectif des Docteurs béninois en attente de recrutement dans les disciplines des Sciences de la Vie et de la Terre (SVT)

Excellence Monsieur le Président de la République,

Nous, Docteurs béninois issus des disciplines des Sciences de la Vie et de la Terre (SVT), venons respectueusement, par la présente, porter à votre haute attention une situation d’injustice académique qui menace la qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, l’équité dans le recrutement des Enseignants-Chercheurs et la valorisation de la compétence dans notre pays.

Suite au lancement du concours national de recrutement des Assistants Probatoires dans les Universités Publiques, il a été constaté un regroupement de plus de soixante (60) spécialités scientifiques issues de l’École Doctorale « Sciences de la Vie et de la Terre » en trois spécialités génériques uniquement : Biochimie, Biologie et Géologie.

Cette situation a conduit à la réduction drastique de la diversité des disciplines scientifiques représentées ; ce qui compromet la justice et la transparence du processus de recrutement. Les problèmes posés par cette fusion sont :

  1. Perte de reconnaissance des spécialités :

Des disciplines hautement spécialisées telles que la microbiologie, la génétique, la physiologie, la botanique, l’écologie, la biotechnologie, la biologie moléculaire, etc. ont été arbitrairement englobées dans deux catégories génériques (Biologie et Biochimie), niant ainsi les compétences distinctes acquises par des années de formation et de recherche.

  1. Inefficacité et injustice dans le processus de recrutement :

Cette réduction a pour conséquence de contraindre des docteurs aux profils très différents à concourir pour un même poste générique, instaurant une concurrence déséquilibrée, souvent défavorable aux spécialités émergentes ou techniques.

  1. Non-alignement avec les standards universitaires internationaux :

Les pratiques universitaires reconnues à l’échelle internationale privilégient le recrutement par spécialité, afin d’assurer une adéquation entre l’expertise du candidat et les besoins spécifiques d’enseignement et de recherche.

  1. Risque de déqualification des systèmes de formation :

Le recrutement de profils non spécialisés dans des domaines pointus pourrait entraîner une baisse de la qualité de la formation et de la recherche, avec des effets négatifs durables sur les performances académiques et par ricochet le développement du Bénin.

  1. Marginalisation des disciplines stratégiques sous l’égide du REESAO :

 

La récente décision de supprimer des disciplines fondamentales telles que la microbiologie, la génétique et la physiologie des matières à composer lors du concours, sous prétexte d’harmonisation inspirée par le REESAO, suscite une profonde inquiétude au sein de la communauté scientifique et académique.

Le REESAO se donne pour mission de promouvoir l’excellence dans l’enseignement supérieur en Afrique de l’Ouest. Pourtant, cette mesure paraît en totale contradiction avec cet objectif, car elle affaiblit la formation scientifique et compromet l’avenir de la recherche dans notre région.

La microbiologie est incontournable dans un contexte marqué par la recrudescence des maladies infectieuses, la lutte contre l’antibiorésistance, la sécurité sanitaire des aliments et le développement de la biotechnologie. Supprimer cette discipline revient à réduire la capacité de nos systèmes éducatifs à former des spécialistes aptes à répondre aux urgences de santé publique et aux défis alimentaires.

La génétique, pilier de la biologie moderne, est essentielle non seulement pour comprendre les mécanismes de l’hérédité, de l’évolution et des maladies, mais aussi pour la valorisation des semences et l’amélioration variétale. Dans un pays comme le Bénin, où le coton constitue une priorité stratégique du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG), la génétique est un levier incontournable pour accroître la productivité, améliorer la résistance des variétés aux maladies et au changement climatique afin de renforcer la compétitivité de cette filière vitale pour l’économie nationale. Exclure cette discipline, c’est donc hypothéquer la réussite de nos ambitions agricoles et économiques.

La physiologie, quant à elle, constitue la base de la compréhension du fonctionnement des organismes vivants. Elle est au cœur de la médecine, de l’agronomie, des sciences animales et de la nutrition. Sa suppression compromet la formation de futurs experts capables d’apporter des solutions concrètes aux besoins de santé et de production dans notre société.

En écartant ces disciplines essentielles, on engendre une injustice académique à l’égard des candidats issus de ces filières, tout en compromettant la crédibilité du concours. Or, si l’objectif est de s’appuyer sur les fondements du REESAO, dont la mission est véritablement de promouvoir l’excellence, il ne saurait être question de marginaliser des disciplines stratégiques, solidement enracinées dans le programme académique béninois.

Nous demandons donc la révision urgente de cette décision, afin que la microbiologie, la génétique, la physiologie et d’autres domaines phares retrouvent leur place légitime dans les matières à composer, pour garantir un enseignement supérieur pertinent, compétitif et aligné sur les besoins réels de nos sociétés et sur les priorités de développement du Bénin.

Par ailleurs, ce regroupement inapproprié de disciplines ressemble à l’allégorie selon laquelle les menuisiers, les maçons, les ferrailleurs et les tailleurs seraient appelés à compétitionner dans un même domaine, sous prétexte qu’ils utilisent tous un mètre ruban. Or, partager un outil commun ne signifie nullement exercer le même métier, ni posséder les mêmes compétences. De la même manière, la microbiologie, la génétique et la physiologie, bien qu’inscrites dans le même champ scientifique, possèdent chacune des spécificités et des finalités propres qui rendent leur suppression ou leur fusion arbitraire non seulement injuste, mais également contraire à la quête d’excellence prônée par le REESAO et par l’État béninois.

À titre illustratif, sur les 333 postes ouverts lors des derniers recrutements en Côte d’Ivoire, 48 ont été attribués aux domaines des Sciences de la Vie et de la Terre, dans des spécialités pourtant largement marginalisées dans le processus de recrutement actuellement en cours au Bénin. Ce contraste, avec seulement 14 postes ouverts dans ces disciplines au Bénin (confère PJ 1), met en évidence une dynamique inverse par rapport à celle observée non seulement en Côte d’Ivoire, mais aussi dans plusieurs pays de la sous-région. Cette tendance souligne l’importance stratégique des Sciences de la Vie et de la Terre pour le progrès scientifique et le développement durable du système éducatif d’une nation.

  1. Regroupement arbitraire des spécialités défavorable aux SVT

Le processus de répartition des postes a mis en lumière un traitement profondément inéquitable des spécialités des Sciences de la Vie et de la Terre, marqué par un regroupement arbitraire qui contraste douloureusement avec l’approche adoptée pour d’autres disciplines.

À titre d’illustration, 51 postes ont été attribués aux médecins et 28 aux agronomes, tandis que certains départements de la Faculté des Sciences et Techniques (FAST) ont subi un déséquilibre particulièrement alarmant entre les départs à la retraite et les recrutements. En Biochimie, par exemple, six enseignants sont partis à la retraite pour un seul recrutement, et en Physiologie animale, sept départs n’ont été compensés que par un seul poste.

En comparaison, à la Faculté des Sciences Agronomiques de l’UAC, la répartition des postes a été effectuée et présentée de manière claire, concise et transparente. Or, il est regrettable de constater que ce déficit de clarté et d’équité n’a concerné que les spécialités relevant des Sciences de la Vie et de la Terre, ce qui suscite de légitimes interrogations quant à la rigueur, la transparence et l’impartialité du processus.

Il nous a été rapporté que, dans l’optique de réduire le nombre d’épreuves à composer, un regroupement des spécialités aurait été opéré. Cependant, force est de constater que les médecins ont bénéficié d’une répartition équitable en 28 spécialités distinctes pour 51 postes, tandis que nous, dont la formation est par essence transversale et pluridisciplinaire, avons été confinés dans seulement trois grands ensembles.

Une telle répartition, en introduisant un biais manifeste dans la procédure, compromet gravement l’égalité des chances entre les candidats et réduit de manière significative nos perspectives de valoriser les compétences spécifiques acquises au prix de longues années d’efforts, de sacrifices et d’abnégation.

NOS DEMANDES

Excellence Monsieur le Président de la République, nous vous prions humblement d’intervenir pour :

  1. Faire annuler la réduction arbitraire des spécialités scientifiques à trois domaines génériques, et rétablir les spécialités dans leur diversité originale, telles que reconnues dans les référentiels de l’École Doctorale Science de la Vie et de la Terre (ED-SVT).
  2. Ordonner une reprise des concertations techniques, sous l’égide du Ministère de l’Enseignement Supérieur et avec l’implication des écoles doctorales, des facultés, des départements, des laboratoires de recherche et des représentants des docteurs non recrutés.
  3. Garantir un recrutement équitable, transparent et fondé sur les besoins réels des Universités, tenant compte des programmes d’enseignement, des axes de recherche stratégiques et des profils exprimés par les Universités Publiques du Bénin.
  4. Réexaminer le classement des matières de spécialité dans le tableau docimologique, afin de permettre aux candidats de concourir dans leur domaine de spécialisation d’origine.

Excellence Monsieur le Président de la République, nous avons foi en votre engagement pour une gouvernance fondée sur l’équité, le mérite et la compétence. C’est pourquoi nous sollicitons votre arbitrage afin de corriger cette injustice, qui menace non seulement notre avenir en tant que jeunes chercheurs formés au prix de grands sacrifices et qui sont en attente de recrutement depuis près de 10 ans dans le volontariat universitaire, mais également le développement scientifique et technologique de notre pays, le Bénin.

Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération et de notre indéfectible attachement à vos actions pour une nation prospère.

Ont Signé :

LE COLLECTIF DES DOCTEURS BENINOIS EN ATTENTE DE RECRUTEMENT DANS LES DISCIPLINES DES SCIENCES DE LA VIE ET DE LA TERRE (SVT)

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