Les prix du pétrole ont flambé lundi 2 mars 2026 à l’ouverture des marchés, le conflit engagé par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran et ses répercussions au Moyen-Orient faisant redouter de graves perturbations de l’offre de brut.
Vers 23H30 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord s’envolait de 8,55% à 79,10 dollars, après avoir ouvert en hausse de 13% à 82 dollars à la reprise des échanges après le week-end. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) s’envolait lui de 7,95% à 72,34 dollars.
Cela représente un bond important du cours du Brent, la référence internationale de l’or noir, qui avait pourtant progressivement intégré une prime de risque géopolitique pour s’afficher à 72 dollars vendredi, loin des 61 dollars du début d’année.
Avec l’embrasement régional, le transport maritime via le détroit d’Ormuz, par où transite quelque 20% de la consommation mondiale de pétrole, est compromis.
« Le facteur le plus pertinent pour le marché pétrolier est la quantité de pétrole produite dans la région et la situation détroit d’Ormuz, par lequel transitent quotidiennement environ 21 millions de barils de pétrole brut et produits pétroliers », insiste Giovanni Staunovo, d’UBS.
Le détroit n’est pas totalement fermé, mais le trafic y est désormais quasi-impossible.
Après l’attaque de deux navires dimanche au large des Emirats arabes unis et d’Oman, le secrétaire général de l’Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Dominguez, a appelé les compagnies maritimes à « éviter » la région.
Le prix des assurances devient prohibitif dans ce contexte, et les principales compagnies maritimes ont confirmé suspendre le passage de leur flotte.
– Vers 100 dollars? –
Conséquence, relève les experts d’Eurasia Group, « le trafic de pétroliers et de méthaniers dans le détroit est quasiment à l’arrêt, selon les données satellitaires ».
En théorie, les pays importateurs de pétrole disposent de réserves, les membres de l’OCDE devant maintenir 90 jours de stocks de pétrole. Mais des cours à plus de 100 dollars ne sont pas exclus en cas de fermeture prolongée du détroit et d’attaques contre les installations pétrolières de la région.
Réagissant au conflit, l’Arabie saoudite, la Russie et six autres membres du cartel d’exportateurs Opep+ ont augmenté dimanche leurs quotas de production de pétrole de 206.000 barils par jour pour le mois d’avril.
« Même sans arrêt total de la production, la hausse des primes liées au conflit, les modifications d’itinéraires et la réévaluation des assurances peuvent maintenir les coûts du pétrole brut et du fret à un niveau élevé », observe cependant Charu Chanana, de Saxo Markets.
Certes, des « infrastructures alternatives au Moyen-Orient peuvent être utilisées pour contourner les flux transitant par le détroit, mais l’impact net demeure une perte effective de 8 à 10 millions de barils d’offre de brut », complète Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy.
– « Talon d’Achille » de Trump –
« Le talon d’Achille du (président américain Donald) Trump, ce sont les prix pétroliers élevés », confirme Michelle Brouhard, analyste chez Kpler.
Selon elle, l’Iran chercherait donc à maintenir hauts les prix du brut pour faire plier Donald Trump qui a promis à son électorat des prix bas, en amont de l’élection américaine de mi-mandat en fin d’année.
La dernière fois que les prix du brut ont dépassé les 100 dollars c’était au début de la guerre en Ukraine, à l’unisson des prix du gaz, contribuant à un cycle de hausse des prix prolongé.
A l’inverse, les cours pourraient régresser dans les semaines à venir si « aucune perturbation significative de la production pétrolière n’est constatée », tempère Giovanni Staunovo.
« Des dizaines » de pétroliers chargés se trouvent à proximité d’Ormuz, « la plupart amarrés ou ancrés dans des zones couvertes par des systèmes de défense aérienne » et si la crise s’apaise, « ces navires pourraient rapidement reprendre l’approvisionnement du marché mondial », abonde Eurasia Group.
Avec AFP






