Quand un président danse en public, certes c’est un geste rare. Patrice Talon lors du déjeuner qu’il a offert à ses convives à la Marina lors des 65 ans d’indépendance du Bénin. Les pas de danse de Patrice Talon portent-ils un message pour ses pairs africains ? Décryptage d’un acte hautement symbolique, mais jamais anodin.
N’ayant pas vécu au Bénin, j’ai demandé à Titus Folly, l’éditorialiste en chef qui maîtrise le personnel politique de son pays, son opinion après ses pas de danse : « Beaucoup de Béninois et d’Africains ont été surpris de voir Patrice Talon esquisser des pas de danse. Avant de prendre les rênes de son pays, il a été une sorte d’orfèvre des pistes. À ces temps de réconfort, après avoir parlé business, souvent à Cotonou, sa piste de danse de prédilection était celle de la discothèque sise chez les Bandeira où les enfants de cette famille détenait l’un des meilleurs clubs VIP aux commodités exceptionnelles de la capitale économique béninoise…».
Et à Titus Folly de conclure dans son style qu’on lui connaît : « Les pas de danse de Talon sont la matérialité de l’expression de l’œuvre accomplie. Entre ces pas et le bilan de sa gouvernance, surtout infrastructurelle, il établit une bonne relation dialectique qu’il revient à chaque Béninois d’apprécier.».
Le 1er août dernier, quand Patrice Talon esquissait quelques pas de danse en public, l’image a rapidement fait le tour des réseaux sociaux.
CORRESPONDANCE ….
Entre fascination populaire et analyse stratégique, ce geste ne porte-t-il pas apparemment un message politique profond ?
Les pas de Talon ont offert des séquences virales. Cet acte, loin d’être anodin, permet à Talon de revendiquer une proximité avec son peuple, de montrer qu’il est proche de ses compatriotes qu’il partage ses codes culturels, sa joie, sa spontanéité.
C’est une façon de dire : « Je suis l’un des vôtres. Je célèbre comme vous notre fête d’indépendance.». En matière de pas de danse en public, on se souvient encore de Nelson Mandela, l’icône africaine, esquissant des pas de danse lors de ses meetings.
Sur un autre plan, loin des pas de danse, en guise de séquence virale d’un président africain, on peut évoquer l’actuel président du Burundi Evariste Ndayishimiye qui a porté une croix lors d’un chemin de croix un vendredi saint.
Dès lors, derrière le naturel apparent, cette séquence de Patrice Talon dansant, surtout avec le sourire et dans un cadre festif, c’est plus qu’un outil de « Soft Power », de contrepoids à la froideur de certains de ses discours officiels, comme au Parlement en 2024, un discours qui a suscité des vagues et des remous.
Le locataire de la Marina danse, car il a un motif de satisfaction. Et ce pour plusieurs raisons.
D’abord, à travers Cotonou métamorphosé et le Bénin transformé sur le plan infrastructures routières, Patrice Talon a : « fait le job », pour reprendre sa propre expression. Il est content. C’est normal.
Mieux, dans un continent africain, à l’heure des 4 èmes en série, le leader béninois offre subtilement la comparaison. On peut citer ses homologues africains qui refusent de quitter le pouvoir comme Alassane Ouattara (pourtant son grand mentor), Paul Kagamé (pourtant son ami), Faure Gnassingbé (son voisin de l’Ouest avec son parlementarisme décousu). Il y a aussi Paul Biya ( 8ème mandat), Yoweri Museveni au pouvoir depuis 1986 sans oublier Teodoro Mbasogo au sommet de l’Etat depuis 1975.
Même Goïta, Tiani et Traoré, face à Talon qui ne s’accroche pas au pouvoir contrairement à eux sans élections, doivent désormais détourner l’attention de leurs critiques contre leur homologue béninois.
…: ENTRE FORCES ET TENDANCES CRITIQUES
Aux antipodes de tout ce beau monde, Patrice Talon qui a décidé de respecter « sa Constitution » du 7 novembre 2019, est fier de rentrer dans l’histoire. Respecter la Loi fondamentale et ne pas faire un 3 ème mandat, ce n’est pas rien. On doit le souligner que c’est un acte majeur de sa part.
Cependant, au-delà des pas de danse qui projettent et renforcent l’image d’un président chaleureux et accessible, les Béninois ne seront pas totalement amnésiques des 10 ans de la « Rupture » qui vont bientôt finir.
En effet, ces pas de danse ne vont pas totalement passer un coup d’éponge sur le contexte de tension politique avec ou sans des signes de décrispation. Les cas de Madougou et Aïvo sont là. Incarcérés tous deux en 2021, Madougou et Aïvo, à l’allure des choses, pourraient rester en prison jusqu’à la fin de ce dernier mandat.
Durant les 10 ans de Talon, tout ne sera pas perçu positivement. Et c’est pour cela que danser en période de crise, lorsque les populations souffrent avec des prix qui flambent, avec le contexte terroriste, certains Béninois refusent de gober une séquence loin de la réalité sociale.
Patrice Talon, tout joyeux d’avoir fait le job, et tout joyeux de quitter le pouvoir, a déjà écrit l’histoire. À nous donc de feuilleter davantage les pages qu’il laisse en héritage.
Afriqueenmarche du 6 août 2025 No 971






