Sélection des Assistants en Position Probatoire dans les Universités Publiques du Bénin : De graves incohérences et irrégularités dévoilées

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Le Collectif des Docteurs inscrits sur le FNAES lance un appel pressant à Patrice Talon

A la faveur d’une note d’alerte et de plaidoyer rendue publique, le Collectif des Docteurs en instance de recrutement au Bénin

Inscrits au Fichier National des Aspirants aux Métiers de l’Enseignement Supérieur (FNAES) ont adressé un message à Patrice Talon, président de la République.

A l’unisson et dans une franchise qui leur est connue, le collectif a dénoncé des irrégularités et incohérences graves dans l’organisation du test de sélection des Assistants en Position Probatoire dans les Universités Publiques du Bénin. Dans la même veine, il lance un appel pressant à Patrice Talon et à son gouvernement pour une réforme urgente et conforme aux standards académiques régionaux et internationaux.

Lire l’intégralité de la note d’alerte et de plaidoyer :

Collectif des Docteurs en instance de recrutement au Bénin

Inscrits au Fichier National des Aspirants aux Métiers de l’Enseignement Supérieur (FNAES)

NOTE D’ALERTE ET DE PLAIDOYER

À l’attention de :

Son Excellence Monsieur Patrice TALON

Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement

Objet : Dénonciation des irrégularités et incohérences graves dans l’organisation du test de sélection des Assistants en Position Probatoire dans les Universités Publiques du Bénin et appel pour une réforme urgente et conforme aux standards académiques régionaux et internationaux.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Nous, Collectif des Docteurs béninois en instance de recrutement, inscrits au Fichier National des Aspirants aux Métiers de l’Enseignement Supérieur (FNAES), souhaitons respectueusement attirer votre attention sur de graves irrégularités entachant le processus actuel de recrutement des Assistants en Position Probatoire dans les Universités publiques du Bénin.

En effet, ce processus prévoit une composition écrite dans les matières de spécialité et en culture générale, suivie d’un entretien oral. Une telle méthode, appliquée à des Docteurs, est inédite et contraire aux pratiques universitaires internationales. Dans aucun pays, les Docteurs, déjà évalués à travers plusieurs années de recherche et la soutenance de leur thèse, ne sont soumis à des épreuves écrites de spécialité avant leur recrutement. De plus, le processus de recrutement tel qu’il est mis en œuvre n’offre aucune garantie de transparence et d’équitabilité aux candidats.

  1. Constat des irrégularités

Le processus actuel a conduit à des situations absurdes et injustes. Par exemple, pour le test écrit, les Docteurs en biochimie sont invités à composer en zoologie. De même, les Docteurs en génétique et ceux en pharmacologie et toxicologie, tous classés en Biologie, seront soumis à une même épreuve de Botanique.

La répartition actuelle des spécialités dans le recrutement universitaire révèle d’importants dysfonctionnements. Dans les sciences exactes, par exemple, l’intitulé « Mathématiques » est utilisé de manière globale, alors qu’il recouvre plusieurs sous-domaines (algèbre, géométrie, analyse, etc.), chacun correspondant à des spécialités distinctes. Pourtant, le tableau docimologique ne mentionne que « Mathématiques » dans les besoins exprimés.

Dans le domaine des sciences agronomiques, le même problème se pose dans l’organisation des épreuves de recrutement : la diversité des spécialisations n’est pas prise en compte. À la FSA, des docteurs en foresterie, en gestion des écosystèmes, en gestion des aires protégées, en faune ou en parcours naturels sont soumis aux mêmes épreuves, comme si leurs profils étaient interchangeables. De même, des docteurs en sciences des sols, en amélioration des plantes ou en protection des végétaux doivent tous composer en phytotechnie générale, sans considération pour leurs compétences spécifiques. Plus encore, des docteurs en production animale se voient imposer des épreuves en pêche et aquaculture, alors que cette discipline relève plutôt de l’Aménagement et gestion des ressources naturelles et n’entre pas dans leur champ d’expertise. Cette uniformisation des épreuves, qui met sur un même plan des profils pourtant très différents, traduit un manque de cohérence et d’équité dans le processus de recrutement et empêche la valorisation réelle des compétences pointues développées dans chaque spécialité.

Dans les sciences humaines également, des incohérences notables sont observées. Ainsi, un spécialiste en éthique, en philosophie morale ou politique se retrouve contraint de composer dans des matières qui n’ont aucun lien direct avec sa spécialisation, telles que l’épistémologie ou la logique. De même, un spécialiste en épistémologie est appelé à composer en philosophie africaine, alors que chacun de ces domaines possède ses propres spécialistes. Cette confusion dans la définition des épreuves nuit à la juste évaluation des candidats et à la valorisation des compétences spécifiques acquises au terme de longues années de formation et de recherche.

Ces observations aberrantes, particulièrement criantes en Sciences de la Vie et de la Terre, s’étendent également à plusieurs autres disciplines et filières. Elles découlent d’un regroupement arbitraire de plus de soixante spécialités scientifiques en seulement trois spécialités génériques, à savoir Biologie, Biochimie et Géologie en Sciences de la Vie et de la Terre. Une telle réduction simpliste occulte la richesse et la diversité des disciplines, en totale contradiction avec les standards universitaires internationaux qui valorisent la pluralité et la complémentarité des savoirs.

Pire encore, ce choix traduit une volonté manifeste de « faire composer à tout prix » les Docteurs, au mépris total de la rigueur et de la logique académiques. Contrairement aux réformes dans l’enseignement secondaire qui ont conduit à une certaine uniformisation des épreuves, l’université repose sur la spécialisation et la profondeur des savoirs. Il est inconcevable de soumettre des Docteurs, experts dans des disciplines très pointues, à des épreuves standardisées qui ignorent la spécificité de leurs recherches et la diversité des champs scientifiques. Une telle pratique compromet non seulement la crédibilité du recrutement, mais fragilise également la qualité de l’enseignement et de la recherche, en contradiction avec les standards académiques internationaux.

Au secondaire, un professeur de SVT est évalué en SVT, un professeur de français en français, un professeur d’histoire-géographie en histoire-géographie. Chacun est recruté dans la matière qu’il enseignera. Pourquoi alors, à l’université, exiger d’un Docteur en biochimie de composer en zoologie, ou d’un généticien de composer en botanique ?

À l’Université, la logique est celle de la spécialisation continue et non celle de l’école de base où l’instituteur est appelé à tout faire. Après la thèse, le Docteur poursuit un approfondissement dans un domaine précis. Ainsi, un Docteur en biochimie peut se spécialiser en biochimie structurale, en enzymologie, ou encore en biochimie des acides aminés. C’est cette expertise pointue, fruit d’années de recherche, qui fait sa valeur scientifique et académique et lui permet d’être efficace.

Soumettre de tels profils à des épreuves génériques revient à gommer cette spécialisation, à nier des années d’efforts et de sacrifices, et à réduire l’excellence scientifique à un exercice sans pertinence.

De plus, cette méthode viole un principe déjà acquis au Bénin : après le BAC, le classement des étudiants dans les différentes formations universitaires se fait sur la base des matières en rapport avec la filière choisie, et non sur la moyenne brute. C’est cela le gage d’une spécialisation progressive et de qualité. Comment comprendre qu’au sommet de la formation académique, pour des Docteurs ayant investi plusieurs années dans la recherche et la soutenance d’une thèse, on en vienne à inverser cette logique, en les soumettant à des épreuves étrangères à leur spécialité réelle ?

  1. Comparaison avec la sous-région et les standards internationaux

Le recrutement des enseignants à l’université se fait selon des processus connus et déjà expérimentés un peu partout dans la sous-région et en Afrique. L’expérience des pays voisins démontre clairement que la procédure béninoise est une exception. Par exemple :

  • Au Burkina Faso, le recrutement se fait sur étude de dossiers et entretien oral, sans épreuve écrite. Les profils recherchés sont clairement soulignés avec les détails sans ambiguité sur la spécialité voulue ;
  • En Côte d’Ivoire, les Assistants et Maîtres-Assistants sont recrutés par dossier et audition devant un jury académique ;
  • Au Sénégal, la sélection repose sur les qualifications scientifiques (diplômes, publications, expériences) et sur un entretien oral ;
  • En Guinée, le recrutement se fait également sur étude de dossiers et audition, avec possibilité de jury externe.

Dans certains cas, pour renforcer la transparence et l’objectivité, un jury international est mis en place. Cette pratique garantit la crédibilité du recrutement et le respect des standards académiques mondiaux.

En comparaison, le processus béninois, qui impose une épreuve écrite de spécialité à des Docteurs déjà évalués au terme d’un parcours long et rigoureux, apparaît comme une anomalie.

  1. Risques pour le Bénin

Si cette approche n’est pas corrigée, elle entraînera :

  • Une perte de crédibilité académique : nos Universités seront perçues comme incapables d’appliquer les standards internationaux.
  • Un découragement massif des jeunes chercheurs : après des années de sacrifices, ils se retrouvent évalués dans des matières étrangères à leur expertise.
  • Un déclassement scientifique du pays : pendant que la sous-région valorise ses élites universitaires, le Bénin prend le risque de marginaliser les siens. Dans certains départements, la pyramide des grades est déséquilibrée : la plupart des enseignants sont déjà à des rangs supérieurs (Maître de Conférences et plus), alors que les postes d’Assistants ou d’Attachés d’Enseignement sont quasi absents. Cette situation limite l’efficacité du travail collectif et la transmission des tâches de base, semblable à celle d’une armée dotée de nombreux officiers mais sans soldats, rendant la coordination et l’exécution des activités plus difficiles.
  • Un affaiblissement des filières stratégiques : la microbiologie, la génétique, la physiologie, la pharmacologie et la toxicologie, disciplines vitales pour la santé publique, l’agriculture, l’industrie et l’innovation, sont réduites au silence.
  1. Nos revendications et propositions

Nous sollicitons respectueusement mais fermement votre arbitrage pour :

  1. a) Supprimer les épreuves écrites imposées aux Docteurs dans le processus de recrutement, lesquelles sont inadaptées et contraires aux standards universitaires internationaux.
  2. b) Adopter une procédure basée sur :
  • Examen des dossiers académiques : thèse, publications, expériences d’enseignement et de recherche.
  • Composition orale devant un jury exclusivement international d’experts étrangers, sans aucun Professeur béninois. Cette approche garantirait une évaluation pleinement objective et impartiale, remplaçant la composition écrite standardisée souvent inadaptée à la spécialisation et à la profondeur des savoirs des Docteurs. La présence d’experts internationaux assure crédibilité, transparence et intégrité au processus, permettant à chaque candidat d’être jugé uniquement sur ses compétences et son expertise scientifique. Ce dispositif contribue à restaurer la confiance, à protéger la valeur académique des diplômes et à aligner le recrutement sur les standards universitaires internationaux.
  1. c) Garantir que les Docteurs soient évalués dans leurs domaines de spécialisation, et non dans des matières génériques sans rapport.
  2. d) Mettre fin au regroupement arbitraire des spécialités et rétablir leur diversité telle que reconnue par les référentiels du REESAO et du CAMES.
  3. e) Régulariser le retard accumulé : après sept (7) années d’attente et de réformes, nous demandons que le processus permette le recrutement simultané de mille (1 000) Docteurs afin de compenser le temps perdu et d’assurer une mise à jour rapide et efficace de l’effectif des Enseignants-Chercheurs. Ce recrutement massif est indispensable non seulement pour rattraper le retard structurel causé par les longues périodes de réforme, mais également pour répondre à l’explosion du nombre d’élèves au secondaire. Avec un taux de réussite au BAC de 73,02 % cette année, le flux d’étudiants vers l’enseignement supérieur est pléthorique et nos Universités ne disposent pas des ressources humaines nécessaires pour encadrer efficacement cette génération sans un renfort immédiat et significatif d’Enseignants qualifiés.

Excellence Monsieur le Président de la République, vous avez fait de l’équité, du mérite et de la compétence les piliers de votre gouvernance. C’est en ce sens que nous, Collectif des Docteurs béninois en instance de recrutement, inscrits au Fichier National des Aspirants aux Métiers de l’Enseignement Supérieur (FNAES), nous permettons de vous saisir afin de dénoncer les graves irrégularités qui entachent le processus actuel de recrutement des Assistants Probatoires dans les Universités publiques du Bénin. Le système tel qu’il est conduit ignore les standards académiques internationaux et menace la crédibilité et l’intégrité de nos institutions universitaires.

Le processus actuel présente plusieurs anomalies critiques. La composition écrite imposée aux Docteurs, déjà évalués par des années de recherche et par la soutenance de leurs thèses, est inédite et inadaptée. De plus, La proposition des épreuves par des Professeurs béninois crée un risque manifeste de favoritisme et de partialité, tandis que la centralisation des examens ouvre la porte à des fraudes et à des fuites d’épreuves. De surcroît, l’obligation pour des Docteurs de spécialités très diverses de composer sur des sujets communs nie la valeur de la spécialisation et compromet la profondeur des savoirs, mettant ainsi en péril la qualité scientifique et le prestige de nos Universités.

Excellence Monsieur le Président de la République, ces dysfonctionnements compromettent non seulement la crédibilité du recrutement, mais aussi l’image de l’enseignement supérieur béninois. Nous sollicitons donc votre intervention pour annuler le processus actuel et mettre en place un recrutement aligné sur les standards internationaux, basé sur une composition orale devant un jury exclusivement composé d’experts internationaux étrangers, garantissant transparence, impartialité et valorisation réelle des compétences des Docteurs béninois. Une réforme juste et transparente permettra de valoriser pleinement les Docteurs, de renforcer l’excellence de nos Universités et d’offrir à la jeunesse béninoise des modèles de réussite fondés sur le mérite et l’effort.

Véritables chevilles ouvrières du système universitaire, les Docteurs en attente de recrutement aspirent simplement à être déployés afin de contribuer pleinement à la formation des cadres et à la gestion des activités académiques. Pour certains, cette attente dure depuis plus de dix ans, et l’espoir s’amenuise de jour en jour.

Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de notre profond respect et de notre indéfectible attachement à vos actions pour un Bénin juste et prospère.

Pièces jointes :

  • Appel à Candidature pour le recrutement des Docteurs au Burkina Faso 
  • Appel à Candidature pour le recrutement des Docteurs en Côte d’Ivoire 
  • Appel à Candidature pour le recrutement des Docteurs au Sénégal :
  • Appel à Candidature pour le recrutement des Docteurs en Guinée 

Ont signé :

Collectif des Docteurs en instance de recrutement au Bénin

Inscrits au Fichier National des Aspirants aux Métiers de l’Enseignement Supérieur (FNAES)

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